👁 Templarisme : Le Lévitikon, un recueil d'histoires invraisemblables écrit en 1830, pour structurer la nouvelle religion Johannite créée par Fabré-Palaprat

Le Lévitikon est une compilation de textes apocryphes et d'inepties en tous genres réalisée par Bernard Raymond Fabré-Palaprat en 1830, censée synthétiser la 'doctrine des Chrétiens Primitifs', ce Lévitikon servit de bible aux croyants de cette nouvelle religion "l'église Johannite".


Fabré-Palaprat un infatigable 'cherchant' et un génial faussaire

En 1794, le Danois MUNSTER aurait découvert dans la bibliothèque du prince CORSINI à ROME, la règle manuscrite de l'Ordre. Puis dans un meuble à double fond, on découvrit la Chartre dite de Jean—Marc larmenius, meuble que détenait un Anglais, cette Chartre portait la signature des grands Maîtres qui se succédèrent jusqu'en 1804. Elle fut soumise à beaucoup d'expertises, papier, encre, écriture, signatures, et, finalement, deux camps apparurent : un camp de scientifiques et d'historiens affirmant qu'il s'agissait d'une supercherie grossière, et un autre camp acceptant cette charte comme véritable.

Une variante du "canular" veut qu'un meuble fut acheté par Ledru aux enchères après la mort de l'ancien grand maître Louise-Hercule Timoléon, à la suite de quoi il aurait découvert la Charte de Larménius cachée à l'intérieur. Puis, il l'aurait montré à Fabré-Palaprat en 1804. Cependant, cette variante est contestée par Pierre Adet, ambassadeur de France aux États-Unis et membre de l'Ordre du Temple, qui reçut les documents auprès du régent Radix-de-Chevillon du précédent Grand Maître Louis-Hercule Timoléon personnellement, et non dans un meuble. Peter Partner pense que le document a été fabriqué par Ledru juste avant 1804.
C'est dans ce contexte qu'apparut un personnage possédant une certaine érudition et de nombreux appuis ( nous dirions de nos jours, un homme de réseaux ), le docteur Fabré-Palaprat, grand Maître de l'Ordre du Temple rénové existant depuis le 4 Novembre 1804.

Qui était ce Bernard-Raymond Fabré-Palaprat ?

Bernard-Raymond Fabré-Palaprat naquit en 1773 ❎ dans la ville de Cordes en Albigeois. Fils d'un chirurgien, il s'orienta d'abord vers la carrière sacerdotale. Mais , il changea d'orientation pour se tourner vers la médecine qu'il étudia à Montpellier, à Caen puis à Paris. C'est à Paris qu'il exerça la profession de docteur de 1803 à 1838. Praticien de renom, il fut membre de l'Académie de Médecine et de beaucoup de groupements scientifiques ou philanthropiques de la capitale. Il faillit périr, victime de son grand dévouement, pendant la peste de 1832. Le XIX ème siècle fut propice à l'émergence de nombreuses sociétés philosophiques ou religieuses en Europe. De ce bouillonnement philosophique naquit "l'Ordre du Temple rénové", qui accusait d'imposture les Templiers écossais et les frères de Saint-Jean-de-Jérusalem, faux héritiers des Templiers ( rien que cela ! ). Le 4 novembre 1804, les chevaliers réunis au sein de la loge des « chevaliers de la Croix » se constituent en Convent général et décident de l’élection à la charge de grand-maître de Bernard Raymond Fabré-Palaprat. La loge des « chevaliers de la Croix » deviendra le vivier et l’Ordre Extérieur et recevra sa patente du Grand Orient le 23 décembre 1805. L’Ordre intérieur se développera sur la souche Templière. L’Ordre est complètement structuré en 1806, ses statuts sont rédigés en latin, et il se dote d’une structure en trois classes : une Maison d’Initiation, une Maison de Postulance et des Convents. La Maison d’initiation, connue sous le nom d’Ordre d’Orient, regroupe en gros les membres revêtus des quatre premiers grades de la maçonnerie écossaise. La Maison de Postulance regroupe les membres succeptibles de postuler à la dignité Templière. Les Convents regroupent les Écuyers et les Chevaliers ou Lévites, c’est l’Ordre Intérieur.

Bernard-Raymond Fabré-Palaprat, un infatigable cherchant

Le 18 Mars 1808, l’Ordre sort de l’ombre et organise un service à la mémoire de Jacques de Molay. Entouré de ses dignitaires et chevaliers, tous vétus de manteaux blancs, il présida dans l'église Saint-Paul Saint-Antoine une cérémonie anniversaire du supplice de son illustre « prédécesseur » le Grand-Maître Jacques de Molay, brûlé vif en 1314. La nef de l'église était tendue de noir et semée de croix templières. Napoléon favorisa ce mouvement antiromain, et il autorisa les grenadiers de sa garde à faire la haie d'honneur sur le passage de ce pompeux cortège. C'est ainsi que le bon peuple de Paris apprit que par le bon vouloir de l'empereur Napoléon Bonaparte l'Ordre du Temple était ressuscité. Il convient de noter toutefois que ce type de manifestation publique aussi grandiose ne se renouvela point. En février 1812, Bernard-Raymond Fabré-Palaprat franchit encore un pas dans sa dérive en publiant un décret affirmant que le Grand-maître, en sa qualité de Souverain Pontife et Patriarche de l’Ordre, a le pouvoir de conférer l’onction de la Chevalerie.
Cette nouvelle étape, très difficile à digérer pour les membres de son association, entraînera un schisme dans cette nouvelle chevalerie du temple rénové. Mais, qu'à cela ne tienne, notre homme n'est pas du genre à renoncer facilement, et, pendant deux décennies il travaillera comme un forcené à son obsessionnel projet. En 1830 Bernard-Raymond Fabré-Palaprat dévoile secrétement à ses compères chevaliers d’abord, puis publiquement ensuite, la source de son pouvoir universel, à savoir le fameux Lévitikon (« Dieu est tout ce qui existe, chaque partie de ce qui existe est une partie de Dieu, mais n’est pas Dieu. Immuable dans son essence, Dieu est muable dans ses parties, qui, après avoir existé sous les lois de certaines combinaisons plus ou moins compliquées, revivent sous des lois de combinaisons nouvelles. Tout est incréé ») .
C'est clair ?
Non ? Ce n'est pas grave, continuons.

Fabré-Palaprat créateur d'une nouvelle religion Johannite reposant sur une nouvelle bible, le "Lévitikon".

Notre médecin ne s'était pas borné à organiser quelques messes, de 1812 à 1830 il avait exhumé de vieux textes apocryphes grecs et les avait interprété à sa façon. Dans son nouveau culte il s'attaqua à Saint-Pierre, affirmant que le Christ lui avait préféré Jean l'Evangéliste et avait confié sa doctrine uniquement à Saint-Jean, qui l'aurait transmise à son tour aux patriarches d'Orient, lesquels l'auraient communiqué aux Templiers... ( oups !!! )

La charte du 14 Aout 1830 établie par le roi Louis Philippe, ayant proclamé la liberté religieuse dans son articles 5 et le financement des représentants Chrétiens dans son article 6, Fabré-Palaprat jamais à cours d'idée surtout quand elles pouvaient se révéler lucratives, en profita pour créer officiellement la religion Johannite, une nouvelle doctrine dont il se proclama le patriarche et le Souverain-pontife. Fabré-Palaprat résuma dans un ouvrage intitulé le Lévitikon les enseignements et pratiques du johannisme, qui confinaient au panthéisme. Dans cette nouvelle religion, les prêtres n'étaient pas astreints au célibat et pouvaient exercer une profession profane ( ce qui correspondait très exactement à sa situation, comme chacun sait on n'est jamais si bien servi que par soi même ! ).

Fabré-Palaprat sans aucune retenue déclara que sa « religion Johannite » était le culte originel des anciens Templiers et fit éditer en 1831 ce Lévitikon, contenant la traduction française de sa version du Quatrième Evangile ( avec le texte de la Vulgate en regard ). Ce texte, qui ne compte que 19 chapitres, efface la Résurrection, le récit se terminant par la mise au tombeau du Christ ! Dans cet ouvrage, Jésus n’est qu’un myste, premier grand-maître et pontife de l’Ordre du Temple ( rien de moins ! ). On y relève également que la Trinité n’est qu’une expression de la matière – le Père étant la matière elle-même, le Fils étant l'action et le Saint-Esprit l'intelligence. D'après ce Lévitikon, le Christianisme primitif était au mieux panthéiste, et au pire athée ! Cet ouvrage essaye d'établir confusément un lien avec les Templiers qui d'après Fabré-Palaprat ne vénèrent pas la Croix. Jésus ne serait qu’un initié égyptien ( ici nous ressentons tout le poids de la maçonnerie ! ) qui n’a jamais accompli de miracles.
Une dernière pour la route : dans son interprétation de l’Apocalypse de Saint Jean, la Bête y tient le rôle de l’Église de Rome, tandis que l’église Johannite est représentée par une Femme revêtue de soleil.

« Jésus conféra l’initiation évangélique et la suprématie sur l’Église qu’il avait fondée à Jean, le disciple bien-aimé, et aux autres apôtres, sans en excepter Judas Ischariote et Pierre, dont l’un eut la lâcheté de le renier, et l’autre commit le crime affreux de le livrer à ses ennemis. Ainsi le patriarcat aurait été transmis, sans interruption, depuis Jean jusqu’à Théoclet, en 1118, et, jusqu’à présent, aux grands maîtres de l’ordre du Temple qui, par cette raison ( toujours selon Fabré-Palaprat ), se proclamaient Johannites ou chrétiens primitifs » . Affirmations sans fondements de Fabré-Palaprat concernant l’ordre du Temple qui fut Catholique de sa création à sa dissolution. Avec le Lévitikon et ses écrits apocryphes saupoudrés d'inepties grossières nous entrons de plain pied dans une dérive ésotérique délirante !

Qu'à cela ne tienne, Fabré-Palaprat avait compris que la Bourgeoisie après les années terribles de la révolution ou elle faillit disparaitre, avait besoin de rêver et il lui proposa du fabuleux pour la distraire ! Le Lévitikon, fut la source de bien des délires pseudo-gnostiques qui essaimeront de la Théosophie aux écclésioles, en passant par les chapitres dominicaux des Templiers de carnaval !
Ainsi donc, tel un cuisinier Fabré-Palaprat créa un plat nouveau, en reprenant une petite partie du nouveau testament des Chrétiens à laquelle il ajoutait des interprétations toutes personnelles d'écrits apocryphes Grecs, le tout, saupoudré de beaucoup d'inepties. Mais, ce plat très spécial ne pouvait être servi qu'à des Chrétiens ne possédant aucune connaissance des canons testamentaires et du dogme des grandes églises Chrétiennes. Fabré-Palaprat s'était créé un outil d'exploitation de la crédulité de certains Chrétiens, très peu renseignés sur leur religion, et très peu regardant sur l'aspect factuel et sur la cohérance de cette nouvelle doctrine. Mais cette situation ne pouvait en aucun cas perdurer car les nouveaux adeptes seraient confrontés à plus ou moins longue échéance à l'illogisme et à l'incohérence de ce salmigondis religieux ! Sceau de l’Ordre du Temple selon le levitikon, des symboles encore des symboles toujours des symboles, un peu indigeste quand même Revenons à ce monsieur, qui, ce faisant, revenait à ses premières amours : le sacerdoce. Toutes les pièces produites pour construire son édifice philosophique étaient fausses. Néanmoins il faut bien reconnaitre son indéniable talent dans la façon qu'il eut de rassembler autour de lui de nombreux adeptes ( même s'ils étaient peu regardant dans un premier temps quant à la nature de cette nouvelle religion ). Son église prit un essor relatif, surtout parmi la noblesse et les notables du nouvel empire.

Voilà en substance ce qu'il prêchait à ses auditoires :
" Je suis pape, mais vous me direz que le pape est à Rome, là je vous arréte, sachez que le pape qui siège à Rome n’est pape que selon l’ordre de saint Pierre, et que moi, je suis pape selon l’Ordre de Saint-Jean. Que Saint Pierre n’a pas reçu la haute initiation, voilà pourquoi les papes qui descendent de lui n’ont enseigné que l’erreur. Saint Jean, au contraire, saint Jean seul a été initié par Jésus, son maître, qui lui-même avait été initié par les sophes d’Égypte. Or, je suis le successeur direct et légitime de Saint Jean, c’est donc dans mes mains que se trouve le flambeau de la vérité qui doit éclairer le genre humain. Il m’a été révélé par calcul cabalistique que le moment était arrivé de faire briller le flambeau !!!!! "

Peu de temps après, l'Eternel mit sur le chemin de Fabré-Palaprat un dénommé Ferdinand-François Chatel.

En 1830 Ferdinand-François Chatel vicaire puis curé de campagne, est frappé d’interdit par l'église et, le 25 novembre de la même année, rompt définitivement avec Rome au travers d’une publication parue dans le Courrier français. Immédiatement il ouvre une chapelle à Paris et fonde l’Église Catholique française. Cette dernière admet la divinité de Jésus-Christ, la présence réelle, les sept sacrements, l’invocation de la Sainte Vierge et des saints, elle impose l’usage de la langue vulgaire dans l’exercice du culte et l’administration des sacrements, déclare la confession facultative, refuse les indulgences. Chatel a deux grands vicaires, deux anciens séminaristes, Auzou et Blachère. En quête d’une consécration ecclésiastique, Chatel s’adresse, vers la fin de 1830, à l’ancien évêque constitutionnel l’abbé Grégoire, qui la lui refuse.

Chatel a alors l’idée de se tourner vers notre Bernard-Raymond et son Église Johannite. Celui-ci, tout au bonheur de trouver brebis à sa bergerie, acquiesce immédiatement en faisant promettre au futur évêque de se convertir à la « religion Johannite », ce que Chatel s’empressa de faire et de signer de son sang son engagement nouveau ! En récompense il se voit gratifié du titre de « Primat coadjuteur des Gaules ». En juin 1831, Chatel est consacré dans le cabinet de Fabré-Palaprat, selon le rite Johannite. Je vous fais grâce des épisodes ubuesques qui caractérisèrent la relation Palaprat-Chatel.
Chatel finira par être trahi par ses troupes : en 1832 par Auzou qui finira comme il avait commencé, ainsi que le rapporte la rubrique des faits divers de l’époque : « M. Auzou, ancien prêtre Catholique, ancien vicaire de l’Église française, vient d’être condamné par la Cour d’assises de Saône-et-Loire, pour un détournement de 1 600 francs, avec des circonstances atténuantes, à cinq ans de détention et dix ans de surveillance de haute police. »
Chatel continuera la carrière qu’on lui connaît en ayant comme devise : « Fais ce que veux et advienne que pourra ! »
Quant aux Templiers Johannites, il continuèrent à célébrer leur culte dans un local de la Cour des Miracles, et les chevaliers y disaient des messes selon le rite johannique pour la plus grande édification de leurs frères. On y remarqua la présence de Jean-Marie Ragon, éminent maçon, qui avait publié en 1821 la traduction du Crata Repoa, officiant alors sous le nom de Jean-Marie de Venise, vicaire primatial de l’Église de France.
L'assemblage du Johannitisme et du Templarisme déplut à de nombreux chevaliers qui donnèrent collectivement leur démission le 8 mars 1833 en arguant que dans la régle primitive de saint Bernard les Templiers n'avaient pas de religion particulière mais qu'ils étaient seulement Catholiques. Le 18 février 1838, Bernard-Raymond Fabré-Palaprat usé physiquement et moralement par ses propres intrigues et luttes de pouvoir meurt, en remettant à l’amiral Sidney Smith la régence de l’Ordre. Le 20 juin 1867, dans sa quatre-vingtième séance, le Magistère rédigea le décret conférant au roi Georges de Hanovre la Grande-Maîtrise à qui furent remises toutes les archives de l’Ordre qui jamais ne lui parvinrent. C’est ainsi que les documents du fonds Fabré-Palaprat sont conservés à la Bibliothèque Nationale où ils ont été déposés en 1871.

Pendant tout son magistère le grand Maître Bernard-Raymond Fabré-Palaprat fit preuve d'une activité peu commune, fort de ses relations privilégiées avec le régime impérial français et en particulier avec l'archi chancelier CAMBACERES duc de PARME.

Fabré-Palaprat était-il un grand malade ?

Dans le Dictionnaire des Sciences Médicales, édité par Panckoucke, Pinel et Bricheteau ont examiné le cas Fabré-Palaprat sous le titre « Spasme avec lésion des facultés intellectuelles ». Leurs conclusions, faites en 1828, donc du vivant de Fabré-Palaprat, sont sans appel : Fabré-Palaprat était paranoïaque.
Solution un peu brutale, car si l'intervention de ce médecin dans les affaires des apôtres nous paraît certes très extravagante aujourd'hui, à cette époque une foule de lettrés se mêlaient alors, sans la moindre compétence, d'exégèse et de liturgie. On ne mettait plus en cause, comme à la fin du siècle précédent, l'existence du Christ, seulement chacun interprétait à sa manière la religion Chrétienne. Les vaniteux comme Fabré-Palaprat fondaient des églises afin de détenir une crosse et tutoyer les vrais evêques.

Epilogue

De nos jours tous les historiens et les scientifiques s'accordent pour affirmer que la charte "Larménius" est un faux grossier. Quant au Lévitikon qui sert de socle à la nouvelle religion Johannite, c'est une injure à l'intelligence humaine.

De nos jours le "Lévitikon" et la religion Johannite créés par Fabré-Palaprat sont oubliés ! Seules quelques loges maçonniques et ordres Templiers occultistes font encore référence à cette religion et à son livre nés de l'imagination fertile d'un lettré du XIX ème siècle. Néanmoins, il faut bien reconnaitre que ce personnage hors du commun, déploya une énergie considérable pour que son projet sacerdotal prenne corps, et, en cela il fut remarquable.


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