👁 Templarisme : FabrĂ©-Palaprat un gĂ©nial faussaire

   FabrĂ©-Palaprat, un infatigable cherchant    


L'Ordre du Temple de l'an 1118 Ă©tait composĂ© de moines soldats Catholiques au service du Pape et sous son commandement suprĂȘme, et cet ordre est restĂ© Catholique jusqu'a sa dissolution par le Pape ClĂ©ment V le 22 mars 1312. Les Templiers furent victimes d'une machination ourdie par le roi Philippe le bel, et le Pape fut impuissant Ă  les sauver.
A partir de 1804, encouragé par Napoléon Bonaparte, le Templarisme naquit grùce à Fabré-Palaprat. Malheureusement trÚs vite, des thÚses fumeuses apparurent dans ce monde trÚs fermé.
A partir des années 1950 avec le néo-Templarisme ces thÚses se sont transformées en dérives ésotériques délirantes ( Prieuré de Sion, Da Vinci Code, Marie-Magdala, les Mérovingiens, etc ).


Fabré-Palaprat un génial faussaire

En 1794, le Danois MUNSTER aurait dĂ©couvert dans la bibliothĂšque du prince CORSINI Ă  ROME, la rĂšgle manuscrite de l'Ordre. Puis dans un meuble Ă  double fond, on dĂ©couvrit la Chartre dite de Jean—Marc larmenius , meuble que dĂ©tenait un Anglais, cette Chartre portait la signature des grands MaĂźtres qui se succĂ©dĂšrent jusqu'en 1804. Elle fut soumise Ă  beaucoup d'Ă©tudes, papier, encre, Ă©criture, signatures, deux camps apparurent : un camp scientifique affirmant qu'il s'agissait d'une supercherie grossiĂšre, et un autre camp acceptant cette charte comme vĂ©ritable. C'est dans ce contexte qu'apparut un personnage qui avait de grands appuis, le docteur FabrĂ©-PALAPRAT, grand MaĂźtre depuis le 4 Novembre 1804.

Fabré-Palaprat un génial faussaire

Qui était Fabré-Palaprat ?

Bernard-Raymond FabrĂ©-Palaprat naquit en 1773 ❎ dans la ville de Cordes en Albigeois. Fils d'un chirurgien, il s'orienta d'abord vers la carriĂšre sacerdotale. Mais , il changea d'orientation pour se tourner vers la mĂ©decine qu'il Ă©tudia Ă  Montpellier, Ă  Caen puis Ă  Paris. C'est Ă  Paris qu'il exerça la profession de docteur de 1803 Ă  1838. Praticien de renom, il fut membre de l'AcadĂ©mie de MĂ©decine et de beaucoup de groupements scientifiques ou philanthropiques de la capitale. Il faillit pĂ©rir, victime de son dĂ©vouement, pendant la peste de 1832. Le XIX Ăšme siĂšcle fut propice Ă  l'Ă©mergence de nombreuses sociĂ©tĂ©s philosophiques ou religieuses en Europe. De ce bouillonnement philosophique naquit un nouvel « ordre du Temple », qui accusait d'imposture les Templiers Ă©cossais et les frĂšres de Saint-Jean-de-JĂ©rusalem, faux hĂ©ritiers des Templiers. Le 4 novembre 1804, les chevaliers rĂ©unis au sein de la loge des « chevaliers de la Croix » se constituent en Convent gĂ©nĂ©ral et dĂ©cident de l’élection Ă  la charge de grand-maĂźtre de Bernard Raymond FabrĂ©-Palaprat. La loge des « chevaliers de la Croix » deviendra le vivier et l’Ordre ExtĂ©rieur et recevra sa patente du Grand Orient le 23 dĂ©cembre 1805. L’Ordre intĂ©rieur se dĂ©veloppera sur la souche templiĂšre. L’Ordre est complĂštement structurĂ© en 1806, ses statuts sont rĂ©digĂ©s en latin, et il se dote d’une structure en trois classes : une Maison d’Initiation, une Maison de Postulance et des Convents. La Maison d’initiation, connue sous le nom d’Ordre d’Orient, regroupe en gros les membres revĂȘtus des quatre premiers grades de la maçonnerie Ă©cossaise. La Maison de Postulance regroupe les membres succeptibles de postuler Ă  la dignitĂ© templiĂšre. Les Convents regroupent les Écuyers et les Chevaliers ou LĂ©vites, c’est l’Ordre IntĂ©rieur.

Fabré-Palaprat infatigable

Le 18 Mars 1808, l’Ordre sort enfin de l’ombre et organise un service Ă  la mĂ©moire de Jacques de Molay. EntourĂ© de ses dignitaires et chevaliers, tous vĂ©tus de manteaux blancs, il prĂ©sida dans l'Ă©glise Saint-Paul Saint-Antoine une cĂ©rĂ©monie anniversaire du supplice de son illustre « prĂ©dĂ©cesseur » le Grand-MaĂźtre Jacques de Molay, brĂ»lĂ© vif en 1314. La nef de l'Ă©glise Ă©tait tendue de noir et semĂ©e de croix templiĂšres. NapolĂ©on favorisa ce mouvement antiromain, et il autorisa les grenadiers de sa garde Ă  faire la haie d'honneur sur le passage de ce pompeux cortĂšge. C'est ainsi que le bon peuple de PARIS apprit que par le bon vouloir de l'empereur NapolĂ©on BONAPARTE l'Ordre du Temple Ă©tait ressuscitĂ©. En fĂ©vrier 1812, Bernard-Raymond FabrĂ©-Palaprat franchit encore un pas dans sa dĂ©marche en publiant un dĂ©cret affirmant que le Grand-maĂźtre, en sa qualitĂ© de Souverain Pontife et Patriarche de l’Ordre, a le pouvoir de confĂ©rer l’onction de la Chevalerie.
Cette nouvelle rĂ©vĂ©lation, un peu difficile Ă  digĂ©rer, entraĂźnera un schisme dans cette nouvelle chevalerie. Pendant deux dĂ©cennies il travaillera comme un forcenĂ© Ă  son obsession, puis, en 1830 Bernard-Raymond FabrĂ©-Palaprat dĂ©voile secrĂ©tement Ă  ses compĂšres chevaliers d’abord, puis publiquement ensuite, la source de son pouvoir universel, Ă  savoir le fameux LĂ©vitikon (« Dieu est tout ce qui existe, chaque partie de ce qui existe est une partie de Dieu, mais n’est pas Dieu. Immuable dans son essence, Dieu est muable dans ses parties, qui, aprĂšs avoir existĂ© sous les lois de certaines combinaisons plus ou moins compliquĂ©es, revivent sous des lois de combinaisons nouvelles. Tout est incrĂ©Ă© ») .

Fabré-Palaprat créateur d'une nouvelle religion "Johannite"

Notre médecin ne s'était pas borné à organiser quelques messes spectaculaires, de 1812 à 1830 il avait exhumé de vieux textes apocryphes grecs en les interprétant à sa façon. Dans sa théorie nouvelle il s'attaqua à Saint-Pierre, affirmant que le Christ lui avait préféré Jean l'Evangéliste et avait confié sa doctrine uniquement à Saint-Jean, qui l'aurait transmise à son tour aux patriarches d'Orient, lesquels l'auraient communiquée aux Templiers... ( rien que ça !!! )

La charte du 14 Aout 1830 voulue par le roi Louis Philippe, ayant proclamĂ© la libertĂ© religieuse dans son articles 5 et le financement des reprĂ©sentants ChrĂ©tiens dans son article 6, FabrĂ©-Palaprat jamais Ă  cours d'idĂ©e surtout quand elles peuvent se rĂ©vĂ©ler lucratives, en profita pour crĂ©er officiellement la religion « Johannite », une nouvelle doctrine dont il se proclama le patriarche et le souverain-pontife. FabrĂ©-Palaprat rĂ©suma dans un ouvrage intitulĂ© le LĂ©vitikon les thĂ©ories et pratiques du johannisme, qui confinait au panthĂ©isme : nĂ©gation du miracle tous les hommes seront sauvĂ©s sacrements : baptĂȘme, eucharistie et sacerdoce. Les prĂȘtres ne sont pas astreints au cĂ©libat et peuvent exercer une autre profession ( ce qui correspondait trĂšs exactement Ă  son statut, comme chacun sait on n'est jamais si bien servi que par soi mĂȘme ! ).

Ainsi, tel un cuisinier FabrĂ©-Palaprat venait de crĂ©er un plat nouveau, en reprenant une petite partie du nouveau testament des ChrĂ©tiens Ă  laquelle il ajoutait des interprĂ©tations toutes personnelles d'Ă©crits apocryphes Grecs, le tout, saupoudrĂ© de quelques gros mensonges. Mais ce nouveau plat trĂšs spĂ©cial ne pouvait ĂȘtre servi qu'Ă  des ChrĂ©tiens ne possĂ©dant aucune connaissance des canons testamentaires et du dogme des grandes Ă©glises ChrĂ©tiennes. FabrĂ©-Palaprat s'Ă©tait crĂ©Ă© un outil d'exploitation de la crĂ©dulitĂ© de certains chrĂ©tiens, trĂšs peu renseignĂ©s sur leur religion, et trĂšs peu regardant sur l'aspect factuel et sur la cohĂ©rance de cette nouvelle doctrine. Sceau de l’Ordre du Temple selon le levitikon, des symboles encore des symboles toujours des symboles, un peu indigeste quand mĂȘme Ce faisant, cet individu rejoignait ses premiĂšres amours : le sacerdoce. Toutes les piĂšces produites pour construire son Ă©difice philosophique Ă©taient fausses. NĂ©anmoins il faut bien reconnaitre son indĂ©niable talent dans la façon qu'il eut de rassembler autour de lui de nombreux adeptes ( mĂȘme s'ils Ă©taient peu regardant quant Ă  la nature de cette nouvelle religion ). Son Ă©glise prit un essor relatif, surtout parmi la noblesse et les notables du nouvel empire.

VoilĂ  en substance ce qu'il racontait Ă  ses auditoires :
" Je suis pape, mais vous me direz que le pape est Ă  Rome, lĂ  je vous arrĂ©te, sachez que le pape qui siĂšge Ă  Rome n’est pape que selon l’ordre de saint Pierre, et que moi, je suis pape selon l’Ordre de Saint-Jean. Que Saint Pierre n’a pas reçu la haute initiation, voilĂ  pourquoi les papes qui descendent de lui n’ont enseignĂ© que l’erreur. Saint Jean, au contraire, saint Jean seul a Ă©tĂ© initiĂ© par JĂ©sus, son maĂźtre, qui lui-mĂȘme avait Ă©tĂ© initiĂ© par les sophes d’Égypte. Or, je suis le successeur direct et lĂ©gitime de Saint Jean, c’est donc dans mes mains que se trouve le flambeau de la vĂ©ritĂ© qui doit Ă©clairer le genre humain. Il m’a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par calcul cabalistique que le moment Ă©tait arrivĂ© de faire briller le flambeau !!!!! "

Peu de temps aprÚs l'Eternel mit sur le chemin de Fabré-Palaprat un dénommé Ferdinand-François Chatel.

En 1830 Ferdinand-François Chatel vicaire puis curĂ© de campagne, est frappĂ© d’interdit par l'Ă©glise et, le 25 novembre de la mĂȘme annĂ©e, rompt dĂ©finitivement avec Rome au travers d’une publication parue dans le Courrier français. ImmĂ©diatement il ouvre une chapelle Ă  Paris et fonde l’Église catholique française. Cette derniĂšre admet la divinitĂ© de JĂ©sus-Christ, la prĂ©sence rĂ©elle, les sept sacrements, l’invocation de la Sainte Vierge et des saints, elle impose l’usage de la langue vulgaire dans l’exercice du culte et l’administration des sacrements, dĂ©clare la confession facultative, refuse les indulgences. Chatel a deux grands vicaires, deux anciens sĂ©minaristes, Auzou et BlachĂšre. En quĂȘte d’une consĂ©cration ecclĂ©siastique, Chatel s’adresse, vers la fin de 1830, Ă  l’ancien Ă©vĂȘque constitutionnel l’abbĂ© GrĂ©goire, qui la lui refuse.

Chatel a alors l’idĂ©e de se tourner vers notre Bernard-Raymond et son Église johannite. Celui-ci, tout au bonheur de trouver brebis Ă  sa bergerie, acquiesce immĂ©diatement en faisant promettre au futur Ă©vĂȘque de se convertir Ă  la « religion johannite », ce que Chatel s’empressa de faire et de signer de son sang son engagement nouveau ! En rĂ©compense il se voit gratifiĂ© du titre de « Primat coadjuteur des Gaules ». En juin 1831, Chatel est consacrĂ© dans le cabinet de FabrĂ©-Palaprat, selon le rite johannite. Je vous fais grĂące des Ă©pisodes ubuesques qui caractĂ©risĂšrent la relation Palaprat-Chatel.
Chatel finira par ĂȘtre trahi par ses troupes : en 1832 par Auzou qui finira comme il avait commencĂ©, ainsi que le rapporte la rubrique des faits divers de l’époque : « M. Auzou, ancien prĂȘtre catholique, ancien vicaire de l’Église française, ex-directeur des postĂ©s Ă  Givry, vient d’ĂȘtre condamnĂ© par la Cour d’assises de SaĂŽne-et-Loire, pour un dĂ©tournement de 1 600 francs, avec des circonstances attĂ©nuantes, Ă  cinq ans de dĂ©tention et dix ans de surveillance de haute police. »
Chatel continuera la carriĂšre qu’on lui connaĂźt (et nous l’en fĂ©licitons) en portant fiĂšrement comme devise : « Fais ce que veux et advienne que pourra ! »
Quant aux Templiers johannites, il continuĂšrent Ă  cĂ©lĂ©brer leur culte dans un local de la Cour des Miracles, et les chevaliers y disaient des messes selon le rite johannique pour la plus grande Ă©dification de leurs frĂšres. On y remarqua la prĂ©sence de Jean-Marie Ragon, Ă©minent maçon, qui avait publiĂ© en 1821 la traduction du Crata Repoa, officiant alors sous le nom de Jean-Marie de Venise, vicaire primatial de l’Église de France.
L'assemblage du johanitisme et du templarisme dĂ©plut Ă  de nombreux chevaliers qui donnĂšrent collectivement leur dĂ©mission le 8 mars 1833 en arguant que dans la rĂ©gle primitive de saint Bernard les templiers n'avaient pas de religion particuliĂšre mais qu'ils Ă©taient seulement Catholiques. Le 18 fĂ©vrier 1838, Bernard-Raymond FabrĂ©-Palaprat usĂ© physiquement et moralement par ses propres intrigues et luttes de pouvoir meurt, en remettant Ă  l’amiral Sidney Smith la rĂ©gence de l’Ordre. Le 20 juin 1867, dans sa quatre-vingtiĂšme sĂ©ance, le MagistĂšre rĂ©digea le dĂ©cret confĂ©rant au roi Georges de Hanovre la Grande-MaĂźtrise Ă  qui furent remises toutes les archives de l’Ordre qui jamais ne lui parvinrent. C’est ainsi que les documents du fonds FabrĂ©-Palaprat sont conservĂ©s Ă  la BibliothĂšque Nationale oĂč ils ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s en 1871.

Pendant tout son magistÚre le grand Maßtre Bernard-Raymond Fabré-Palaprat fit preuve d'une activité peu commune, fort de ses relations privilégiées avec le régime impérial français et en particulier avec l'archi chancelier CAMBACERES duc de PARME.

Fabré-Palaprat était-il un grand malade ?

Dans le Dictionnaire des Sciences Médicales, édité par Panckoucke, Pinel et Bricheteau ont examiné le cas Fabré-Palaprat sous le titre « Spasme avec lésion des facultés intellectuelles ». Leurs conclusions, faites en 1828, donc du vivant de Fabré-Palaprat, sont sans appel : Fabré-Palaprat était paranoïaque.
Solution un peu brutale, car si l'intervention de ce mĂ©decin dans les affaires des apĂŽtres nous paraĂźt certes trĂšs extravagante aujourd'hui, Ă  cette Ă©poque une foule de lettrĂ©s se mĂȘlaient alors, sans la moindre compĂ©tence, d'exĂ©gĂšse et de liturgie. On ne mettait plus en cause, comme Ă  la fin du siĂšcle prĂ©cĂ©dent, l'existence du Christ, seulement chacun interprĂ©tait Ă  sa maniĂšre la religion ChrĂ©tienne. Les vaniteux comme FabrĂ©-Palaprat fondaient des Ă©glises afin de dĂ©tenir une crosse et tutoyer les vrais evĂȘques.

Epilogue

De nos jours tous les historiens et les scientifiques s'accordent pour affirmer que cette charte "Larménius" est un faux. De nos jours la religion "Johannite" créée par Fabré-Palaprat a fait long feu ! Seules quelque obédiences maçonniques et ordre templiers occultistes font encore quelque peu référence à cette religion née de l'imagination fertile d'un lettré du XIX Úme siÚcle. Néanmoins, il faut bien reconnaitre que ce personnage hors du commun, déploya une énergie considérable pour que son projet sacerdotal prenne corps, et, en cela il fut remarquable.


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