⚜ Le Moyen-âge : Les Anglais, nos plus fidèles ennemis du X ème au XX ème siècle

Dès l'an mil les Anglais et les Français s'étriperont sans retenue aucune dès qu'ils en auront l'occasion ! Cette animosité entre les deux royaumes durera près de mille ans.

Au commencement il y eut les Vikings, ces barbares du nord sans foi ni loi.

La vallée de la Seine fut donnée aux Vikings en 911 par le roi des Francs Charles III, dit « le Simple », dans le but d'avoir la paix avec ces hommes venus du nord qui ravageaient le littoral nord depuis un siècle. Cet acte peu glorieux de la part du Français eut au moins le mérite de fixer les Vikings sur un territoire, en ramenant la paix dans le royaume. Rollon, premier duc normand, vit son territoire prospérer, grâce à l’expansion du commerce maritime entre Rouen et l’actuelle Scandinavie. La Normandie, dont le nom signifie « terre des hommes du Nord », devint, dès le X ème siècle, une des plus puissantes d'Occident. Les Anglais jalousèrent de suite cette réussite des Norrois, il n'urent plus qu'une obsession, envahir ce territoire pour avoir un pied chez les Francs. Mais il y avait un Hic, ces gens étaient beaucoup trop forts pour eux, ils usèrent donc de finesse et durent se résoudre à biaiser et à patienter. L'occasion que les Anglais attendaient se présenta sous le règne d’Aethelred II (966-1016), qui épousa en 1002 la sœur de Richard II (960-1026), quatrième duc de Normandie et arrière-petit-fils de Rollon. C'est un tournant de l'histoire, puis­que de cette union découleront les droits des normands sur le trône anglais, mais un 'Casus Belli' pour les Francs qui comprennent que les Anglais ont maintenant un allié normand qui ne l'est plus tout à fait ! Les roues de l'histoire ayant tourné, c'est en 1064 que mécontent de ses sujets et sans descendance directe, le roi anglais Edouard le Confesseur (1003-1066) proposa le trône à son cousin Guillaume (1027-1087), septième duc de Normandie. Ce dernier s'empressa d'accepter une telle offre, mais à la mort d’Edouard en 1066, un personnage sortit du bois et prit le pouvoir. Il s’agissait d’Harold, fils du comte de Wessex, un jeune noble ambitieux qui avait, un an plus tôt, prêté allégeance à Guillaume. Le 14 octobre 1066, Guillaume débarqua sur le sol anglais avec une flotte de langskips. A Hastings, les troupes normandes balayèrent l’armée anglo-saxonne d’Harold, qui mourut au combat. Couronné nouveau roi d’Angleterre dans l’abbaye de Westminster, Guillaume le Conquérant scella ainsi le destin de son duché à celui de la Couronne d'Angleterre.

Le duché de normandie devint un royaume anglo-normand au désespoir du roi des Francs

Comme il se doit ce royaume fut dirigé depuis Londres avec talent. Après la mort de Guillaume le Conquérant, en 1087, ses successeurs conservèrent leur titre de duc de Normandie, à l’instar des rois Henri Ier Beauclerc (1068-1135) et Etienne de Blois (1092-1154). Cette dynastie anglo-normande perpétua un âge d’or déjà entamé au siècle précédent par les premiers ducs. Grâce au butin des Vikings conservé à Rouen, et à une agriculture et un commerce florissants, le duché de normandie vécu ses plus belles années en qualité de vassal du roi d'Angleterre. La normandie avait de plus le privilège de battre monaie, et était pourvue d’une structure judiciaire supervisée par des baillis. Les finances dépendaient d’une assemblée de notables, une cour itinérante appelée l’Echiquier. Des cadres administratifs étaient formés à l’école monastique du Bec-Hellouin, près de Rouen. Pour protéger ce royaume anglo-normand, un roi-duc comme Henri 1er Beauclerc, instaura un maillage de châteaux forts ( Caen, Arques, Falaise ... ) sur les principales voies de communications. Il accorda aux barons et prélats, qui avaient juré allégeance à la Couronne d’Angleterre, d’immenses domaines pour les récompenser de leur fidélité. Caen fut choisi comme capitale religieuse. Grâce au butin récupéré par Guillaume le Conquérant lors de la bataille d'Hastings en 1066, les abbayes de Saint-Etienne et de la Trinité furent édifiées, selon un nouveau style architectural, l’art normand, que l’on appelle également l'art roman qui se répandra dans le nord de l’Europe occidentale.

Pendant ce temps, le royaume de France vivotait

Ce succès fut perçu dans le royaume de France avec envie. Les premiers rois capétiens se retrouvèrent dans l’ombre de Guillaume le Conquérant et de ses successeurs. Après une longue guerre de succession, le trône d’Angleterre échut, en 1154 au roi Henri II Plantagenêt (1133-1189) qui n’avait qu’une obsession, dépecer la France capétienne.
Comte d’Anjou et du Maine depuis 1151 par ses liens familiaux, il devint duc d’Aquitaine en épousant, en 1152, Aliénor d’Aquitaine. Le duché de Normandie, dont il avait la charge, se retrouva, par conséquent, noyé dans ce royaume plantagenêt allant des plaines écossaises jusqu’aux pyrénées. Des territoires bien trop vastes à diriger, et pour tenir son empire, Henri II gouverna d’une main de fer. Il maltraita la normandie qu’il exploita avec outrance afin d’éponger ses dépenses.

Déclin de la normandie

Richard Cœur de Lion (1157-1199) successeur d'Henri II Plantagenêt, continua ce pillage en vidant les caisses pour moderniser d’anciennes forteresses comme Château-Gaillard ( qui coûta 45 000 livres, soit cinq années de revenus du duché ). Enfin, Jean Sans Terre (1166-1216), troisième roi plantagenêt termina le travail de pillage de ses prédécesseurs, le duché subit une écrasante politique fiscale, créant ainsi un climat d’animosité profond envers cette dynastie.

La normandie reconquise par les Francs

Philippe Auguste (1165-1223) intelligent et perfide, et plus ambitieux que ses prédécesseurs, n’eut de cesse de faire fortifier les villes du royaume, à commencer par Paris. Il n’avait jamais accepté l’erreur trois siècles plus tôt, d'avoir cédé la Normandie aux Vikings. En outre, il considérait le duc normand, et roi d’Angleterre, comme un vassal régnant sur un fief de son royaume. Ce roi vicieux et vaniteux se mit en tête de récupérer la province. Profirant de l’impopularité d’Henri II Plantagenêt et de Richard Cœur de Lion en normandie, il favorisa l’accession au trône d’Angleterre du superficiel Jean sans Terre, qui le laissa pénétrer en Normandie en avril 1193. Erreur fatale, Philippe Auguste s’empara, par trahison et grande fourberie du château de Gisors, puis d’autres places fortes sur la frontière orientale : Aumale, Lyons-la-Forêt, Neaufles-Saint-Martin…
En janvier 1194, le capétien signa un accord avec Jean Sans Terre, qui finit par lui céder la normandie à l’exception de Rouen. Ce n'était que partie remise, le 6 mars 1204, le roi de France, qui savait la noblesse et la population normandes derrière lui, parvint à prendre Château-Gaillard puis s’empara de la capitale normande. La normandie redevenait province Franque. Du côté anglais, la perte de la Normandie fut une surprise. Henri III (1207-1272), successeur de Jean Sans Terre, tenta bien de la reconquérir, en vain. La dynastie des Plantagenêts n’était plus, à ce moment-là, que l'ombre d'elle même. En 1259, le roi fut contraint de signer le traité de Paris, par lequel il renonçait à tous ses fiefs continentaux ( Normandie, Maine, Anjou ), sauf l’Aquitaine. Ce traité, alimentera des rancoeurs qui déclencheront la guerre de Cent Ans.

La normandie allait vite regretter son pacte avec les Francs

Après avoir soutenu Philippe Auguste, ils déchantèrent vite devant la rigueur du conquérant français qui les somma de choisir entre leurs biens Normands et Anglais. La majorité d’entre eux décidèrent de franchir la Manche. Ces années sonnèrent le glas de la classe dirigeante normande, à laquelle le duché devait sa fortune. Aucun Normand ne pouvait désormais occuper de postes à responsabilité. Baillis et évêques étaient tous originaires de l’ancien royaume capétien. Il fallut attendre les derniers rois capétiens, pour voir les Normands se rallier véritablement à la France. Cette entente fut symbolisée par la signature, en 1315, d’une « Charte aux Normands » permettant à la noblesse locale de revenir en grâce et d’obtenir des privilèges.

La normandie à nouveau dans la tourmente

La nouvelle dynastie des Valois changea la donne, Philipe VI (1328-1350) fit renaître le duché en 1332, mais en confisqua des biens pour les donner à sa famille… En 1346, Geoffroy d’Harcourt, puissant seigneur de normandie dépossédé de ses biens, se rapprocha des anglais, en aidant le roi Edouard III (1312-1377) à débarquer à Saint-Vaast La Hougue, le 12 juillet. Sans le savoir il déclencha la guerre de Cent Ans.

La normandie et la guerre de Cent Ans

Dès le débarquement d’Edouard III en 1346, les villes de Saint-Lô, Caen, Lisieux et Elbeuf furent ravagées. A l’origine, les troupes du roi anglais ne devaient que saccager l’Aquitaine, mais Geoffroy d’Harcourt parvint à convaincre le roi d’attaquer plutôt la Normandie. Ce fut pour la Normandie le début d’une grande calamité. Comme si cela ne suffisait pas d'être ravagé le duché fut, touché par la peste noire. Au total, la moitié de sa population ( soit 700 000 personnes ) trouva la mort au XIV ème siècle.
Après une accalmie de vingt-cinq ans, due à la reconquête de son territoire par Charles V de Valois (1338-1380), aidé en cela par le célèbre chevalier Bertrand du Guesclin (1320-1380), la Normandie fut de nouveau pillée dès 1415. Le nouveau roi d’Angleterre, Henri V (1387-1422), débarqua dans l’actuel Calvados, pour guerroyer, il assiégea Harfleur, puis ses archers infligèrent une cuisante défaite à la chevalerie française, à Azincourt, le 25 octobre 1415. Une victoire primordiale qui permit à Henri V de gagner Rouen quatre ans plus tard. La Normandie se retrouva alors occupée par les Anglais. Imposé au roi de France Charles VI, défait à Azincourt, le traité de Troyes, du 21 mai 1420, remettait les compteurs à zéro en faveur des Anglais. Il prévoyait, qu’Henri V serait le prochain roi de France, en remplacement du dauphin Charles VII (1403-1461). Ce traité ne fit qu’aggraver l'anarchie qui régnait en normandie. Dans une violence extrême, les postes clés furent de nouveau attribués aux Anglais, et, les récalcitrants aussitôt décapités à la hache. Les villes de Caen et d’Honfleur devinrent des zones d'exclusion pour les Français. L’exemple le plus retentissant fut le procès de Jeanne d’Arc, en 1431, tenu à Rouen. Il fut mené tambour battant par des clercs normands acquis à la cause anglaise. Seuls le Mont-Saint-Michel et quelques territoires tenus par la petite noblesse Franque résistèrent à l’occupant.

La normandie mise à sac et convoitée par les Bourguignons

Les ducs de Bourgogne, alliés des Anglais pendant la guerre de Cent Ans, ont eu pour ambition cachée de s'approprier la Normandie. Au XV ème siècle, leur royaume partait de l’actuelle Bourgogne jusqu’à la Picardie et ils désiraient s’étendre à l’ouest. En conflit avec les Valois, mais lucide sur l'état de ses forces le duc de Bourgogne Jean sans Peur (1371-1419) révisa ses ambitions à la baisse. Il s’employa à consolider son royaume, en n'y intégrant que Besançon, Boulogne et la Picardie. Ce Duc joua un rôle ambigu avec les Anglais. Il n’entendait ni être leur ennemi ni s’allier avec eux. Après son assassinat organisé par les Valois en 1419, son fils, le duc Philippe le Bon (1396-1467), fut contraint et forcé de s’allier aux Anglais. C'est la raison qui poussa ce nouveau duc de Bourgogne à se rapprocher de Charles VII, en le laissant traverser son duché en compagnie de Jeanne d’Arc, en 1429, pour qu’il soit sacré roi de France à Reims. Désireux de renforcer son royaume, il s’accapara du Hainaut et la Hollande (1428-1432), il occupa le Luxembourg (1433), puis annexa la Picardie (1435), mais conscient de sa faiblesse relative il ne toucha pas à la Normandie !

La normandie retrouve un peu de calme

Après avoir été sacré roi de France à Reims le 17 juillet 1429, Charles VII n’avait plus qu’une obsession : « bouter l’Anglois hors de France ». Il exploita l’extraordinaire élan suscité par l’exécution publique de Jeanne d’Arc, le 30 mai 1431 à Rouen, pour lancer sa reconquête de la Normandie. Le souverain pactisa avec le duc de Bourgogne, allié de l’Angleterre Philippe le Bon, qui n’espérant plus rien des Anglais, fit la paix avec le roi, le 1er juillet 1435. Charles VII mit quatorze ans pour constituer une armée digne de ses ambitions, composée en grande partie de mercenaires qui pillaient, violaient et tuaient comme ils l'entendaient. Charles VII repris plusieurs places fortes à l’ennemi, telles que Rouen le 1er novembre 1449 et Cherbourg le 12 août 1450. La même année, il réinstaura la Charte aux Normands, qui attribuait des privilèges à la noblesse locale comme à l'époque des Capétiens. Mais la guerre de Cent Ans n’était pas finie, l'ultime bataille eut lieu à Castillon, dans l’actuelle Gironde, les troupes de Charles VII balayèrent, le 17 juillet 1453, celles du nouveau roi d’Angleterre, Henri VI (1421-1471). Les Anglais n’avaient désormais plus aucun fief dans le royaume de France.

Fin du duché de normandie

Après la défaite des Anglais, Charles VII offrit le territoire à son frère Charles de France, en 1465. Mais contesté par les barons normands, le frère du roi se montra incapable de gouverner. L'anarchie gagnait la normandie, et, c'est pour éviter que ce territoire ne repasse aux Anglais, que le 1er novembre 1469, Louis XI (1423-1483), successeur de Charles VII, brisa à Rouen l’anneau ducal, un bijou conférant le titre de duc de Normandie. Par ce geste, il entendait mettre un terme à l’existence de ce duché qui n’avait cessé, depuis quatre siècles, d’attiser les convoitises et générer le malheur. Pour en finir avec cet ennemi héréditaire, le roi de France signa, en 1475, le traité de Picquigny qui mit fin à la guerre de Cent Ans. Le nouveau roi d’Angleterre, Edouard IV (1442-1483), lâché par ses alliés Bourguignons, reconnessait le Valois comme seul roi légitime de France et de Normandie.

Fin des guerres entre la France et l'Angleterre ?

La fin de la guerre de Cent Ans ne marqua en rien la fin des hostilités entre les deux royaumes, il y eut encore bien des guerres dans les siècles qui suivirent ! Les Anglais et les Français ont cessé de se faire la guerre seulement au XX ème siècle !


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